Serrure Bever “Turrus”
Au premier coup d’œil, avec son entrée de 50 mm et son entraxe de 72, elle semble banale, voire ennuyeuse. Malgré ça, son nom (« Turrus ») n’était pas inconnu pour moi, le site Multipick proposait depuis peu un boîtier avec un foncet en plexiglas de cette même serrure sans pour autant en préciser la véritable fonction.
C’est au détour d’un stand de la foire « Security Essen », en compagnie de Marc Wilden et d’Éric Scaillet que cette serrure attira notre curiosité, la société « Volksicherheitstechnik / Mach-Auf », fournisseur d’outillage d’ouverture en présentait une sur son stand, ainsi qu’un crochet qui ne tarda pas à stimuler notre envie d’en savoir un peu plus.
Renseignements pris, direction le « Bauhaus » le plus proche (magasin quincaillerie/DIY), et voici ce que nous y avons découvert...
Disponible au rayon serrurerie, elle est munie d’un petit dépliant affichant la marque (Bever) « Turrus », le logo « VdS », des explications de montage (sans schéma) dans la langue de Goethe. Avec sa têtière de 20 mm « look inox » déportée, en modèle DIN L ou R et son carré de 8 mm, elle est définitivement monotone. Mais…
Après verrouillage (2 tours) et extraction de la clé d’architecte, une pièce métallique (1) apparaît dans notre entrée de cylindre PZ et elle empêche la manipulation de la serrure. (La vis de cylindre (2) a son importance, précisions dans la suite.)
Celle-ci est non seulement verrouillée par son pêne dormant, mais le lançant est également condamné à rester immobile en position déployée.
Fin du suspens ! Nous voici en présence d’une serrure monobloc munie d’un délateur aussi fourbe qu’efficace...
Explications :
Muni d’un tournevis Torx T10, le foncet ne résiste pas longtemps à l’impatience de connaître le fonctionnement de ce mécanisme.
Le point A : la pièce qui est désormais saillante dans notre entrée de cylindre est également notre plaque de verrouillage avec son ardillon.
En B se trouve le mécanisme « balancier » qui, lorsqu’une vis de cylindre est insérée, va permettre au délateur d’avoir sa fonction.
En C : le délateur.
En D : plaque permettant le blocage du lançant, elle n’est pas liée directement au délateur, mais au dormant qui permet la condamnation dès le premier tour de fermeture.
Voici une vue « aérée » du mécanisme. Sur la photo 1, les flèches vertes indiquent le sens dans lequel les différentes pièces se déplacent :
Si une vis M5 est insérée pour maintenir le cylindre, elle va basculer vers la gauche l’équerre en B qui supporte la plaque de verrouillage en A. Cette plaque de verrouillage est alors en contact avec la partie supérieure du panneton du cylindre et le système est « armé ».
En cas d’extraction/rupture du barillet, la plaque de verrouillage, dynamisée par ressort, descend et le délateur en C, dynamique lui aussi, bloque la plaque de verrouillage en position basse et donc la translation du pêne dormant.
Lorsque la vis de cylindre n’est pas insérée, la plaque de verrouillage en A est bloquée par l’équerre en B, ce qui permet le retrait du cylindre sans encombre.
Il faut procéder à un « bypass » pour le déverrouillage.
Un élément intéressant est le prix de cette serrure : une vingtaine d’euros HTVA.
Elle est presque devenue banale en Allemagne, et de nombreuses personnes ignorent même en posséder une dans leur porte puisqu’en cas de changement de cylindre, la vis est extraite et le mécanisme délateur ne peut donc se mettre en place.
La société Bever & Klophaus GmbH est située à Schwelm en Allemagne (Nord-Ouest). Fondée il y a 200 ans, elle propose à l’heure actuelle une large gamme reprenant des serrures monobloc à encastrer/appliquer, des modèles pour grilles/portails, des gâches électriques et une gamme « rustique » complète.
Article publié dans le Passe-Partout il y a quelques années (le numéro m’échappe)
En 2020 j’ai rencontré un représentant de la firme Bever dans un autre contexte et il annonçait que ce modèle de serrure ne serait probablement plus commercialisé à l’avenir…